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Les statistiques de la diversité
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Par Espoir
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Publié le 09/03/2007 15:14
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Depuis la publication le 31 janvier 2007 du Baromètre CRAN TNS-Sofres des discriminations à l'encontre des Noirs de France , une campagne contre les statistiques de la diversité est engagée.

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Communiqué du CRAN 7 mars 2007

POURQUOI NOUS SOUTENONS LES STATISTIQUES DE LA DIVERSITÉ



Depuis la publication le 31 janvier 2007 du Baromètre CRAN TNS-Sofres des discriminations à l'encontre des Noirs de France , une campagne contre les statistiques de la diversité est engagée.

Au nom des principes républicains il est affirmé, de façon erronée et sans aucune preuve , que ces statistiques ne peuvent mener qu'à des dérives communautaristes.

Le CRAN rappelle que la mise en place des statistiques de la diversité est demandée par des personnes qui aspirent à la justice et à l'égalité .

Le CRAN condamne l'expression « statistiques ethniques », car les ethnies n'existent pas dans notre République et qu'elles n'ont pas à y exister.

Nous défendons des « statistiques de la diversité » , parce que c'est la diversité de la France qu'il s'agit de prendre en compte, et de défendre.

Pour le CRAN, plutôt qu'une communauté noire, il existe un mouvement noir , qui se bat pour l'accès de tous à l'emploi, au logement, à l'éducation, à la santé, aux loisirs etc. La couleur de la peau n'entraîne aucune particularité, si ce n'est de nous exposer à de multiples discriminations.

Selon le Baromètre annuel CRAN TNS-Sofres, 61 % des Noirs de France disent avoir souffert de discriminations au cours des 12 derniers mois. Ce taux atteint 75 % en région parisienne et? 79 % en région PACA.

Le CRAN est favorable aux statistiques de la diversité , notamment pour les raisons suivantes :

- Les discriminations les plus nombreuses et les plus graves sont les discriminations indirectes (lorsqu'un Noir constate une absence de promotion tout au long de sa carrière, la discrimination subie n'est ni directe ni visible) qui ne peuvent être révélées qu'à l'aide d'un outil statistique, comme l'a démontré le Baromètre CRAN TNS-Sofres ;

- Les statistiques de la diversité constituent le meilleur outil contre le repli identitaire , parce qu'elles expriment un signal fort de l'investissement des pouvoirs publics dans la lutte contre les discriminations.

Les statistiques que nous appelons de nos voeux sont autodéclaratives, anonymes et facultatives, sans constitution de fichiers . Le CRAN réaffirme qu'il est opposé à la constitution de fichiers.

Nous joignons à ce communiqué un questions-réponses sur les statistiques de la diversité et l'action affirmative.

Pour le CRAN
Patrick Lozes
Président du CRAN
E-mail : Contact@lecran.org




QUESTIONS REPONSES
SUR LES STATISTIQUES DE LA DIVERSITE
ET L'ACTION AFFIRMATIVE

1) QUESTION :
Pourquoi le CRAN parle-t-il de « statistiques de la diversité » et non de « statistiques ethniques » ou de « statistiques raciales » ?

REPONSE :
Le CRAN condamne l'expression « statistiques ethniques ». Les races n'existent pas. Et il n'y a pas d'ethnies en France. La couleur de la peau est une simple donnée factuelle, comme la couleur des cheveux, la taille ou le poids. Elle peut donc, tout à fait normalement, faire l'objet de statistiques.

2) QUESTION :
Si nous instaurons les statistiques de la diversité, ne risquons-nous pas d'améliorer la situation de certaines minorités aux dépens des autres, ce qui aggraverait la situation de ces dernières ?

REPONSE :
Dans les pays où elles ont été instaurées, les statistiques de la diversité ont permis de savoir avec précision qui était discriminé, pour remédier de façon concrète à ces situations. A l'heure actuelle, nous ne disposons d'aucun outil de ce genre en France.
Le CRAN souhaite que toutes les discriminations soient mesurées, pour améliorer le sort de toutes les minorités , et pas seulement celui des Noirs de France. Demander les statistiques de la diversité, c'est mener un combat universel et républicain .

3) QUESTION :
Les statistiques de la diversité ne sont-elles pas dangereuses ? Ne risquent-elles pas de dresser les communautés les unes contre les autres ? N'y-a-t-il pas un risque d'affrontement ?

REPONSE :
Les statistiques de la diversité sont un simple outil de connaissance de l'état des discriminations dans notre pays, et de leur évolution.
Le CRAN rassemble des personnes, attachées à l'idéal républicain, qui défendent leurs droits à un accès égal au logement, à l'éducation, à la santé, aux loisirs, etc. Nous travaillons en bonne intelligence avec le CRIF, par exemple, qui est présent chaque année au dîner du CRAN.
Le CRAN ne célèbre pas une différence noire, mais combat les discriminations dont les Noirs sont victimes en raison de leur couleur. Il part d'une expérience de la discrimination, sans supposer une communauté. C'est pourquoi il compte des Blancs dans ses rangs, ainsi qu'une association d'amitié judéo-noire.
Des affrontements, des émeutes, se sont produits dans les banlieues, à l'automne 2005. Elles sont l'une des raisons de la création du CRAN (le 26 novembre 2005). Nous avons voulu réagir au désarroi de nombreux jeunes Noirs et les inciter à privilégier la voie politique , la revendication républicaine, plutôt que la violence.
Loin d'être une cause d'affrontement, les statistiques de la diversité constituent un facteur d'apaisement, en montrant à des populations délaissées que l'Etat les prend en compte. C'est un signal politique fort.
Comme le dit le sociologue Eric Fassin : "C'est l'inaction, et non l'action, qui fait le jeu du communautarisme".
(Le Monde, 3 février 2007, voir :
http://www.lemonde.fr/web /article/0,1-0@2-3226,36 -878567@51-878705,0.html )

4) QUESTION :
Ne risque-t-on pas d'utiliser les statistiques de la diversité pour constituer des fichiers de Noirs et des fichiers de Juifs ?

REPONSE :
Non. Les statistiques de la diversité sont auto-déclaratives, anonymes et facultatives . Chacun est libre de répondre ou pas et, s'il répond, de répondre ce qu'il veut. Aucun fichier n'est constitué . Aucune donnée nominative n'est conservée. Le CRAN est contre toute création de fichiers.

5) QUESTION :
Les statistiques de la diversité ne réduisent-elles pas un individu à une seule de ses caractéristiques, qu'elle soit « ethnique », religieuse ou sociale ? Pour valoriser un individu, ne faut-il pas prendre en compte ses compétences réelles ?

REPONSE :
Les Noirs se sont réunis au sein du CRAN sur la base de leur couleur de peau, parce que c'est à cause de leur couleur de peau qu'ils sont discriminés. Les statistiques de la diversité ont pour objectif de mettre en évidence ces discriminations, ainsi que celles subies par d'autres minorités dans notre pays.
Mais les Noirs ne se réduisent pas pour autant à leur couleur de peau . Quand des professeurs créent un syndicat, ils ne font pas preuve de « communautarisme ». Ils ne se réduisent pas à leur statut de professeurs. Ils s'unissent pour défendre leurs droits. Nous faisons la même chose au sein du CRAN.
Il n'existe pas de communauté noire.
Mais il y a un mouvement noir, qui se bat pour que les Noirs aient un égal accès au logement, à l'éducation, à la santé, aux loisirs etc. Nous nous battons pour que ces droits, qui nous sont reconnus en théorie, nous soient enfin accordés dans la réalité.
Notre démarche est profondément républicaine.
Comme l'a expliqué le sociologue Eric Fassin : « Aujourd'hui, le CRAN, comme d'autres mouvements minoritaires (de femmes ou d'homosexuels), adopte une stratégie qui consiste à prendre la République au mot - à sa devise, à ses principes. »

6) QUESTION :
L'action affirmative est une mesure théorique, dont la mise en pratique n'est pas réalisable. Il faudrait mesurer exactement tous les facteurs de discrimination, l'âge, le surpoids, la couleur de peau, la confession et c'est irréalisable !

REPONSE :
L'action affirmative a été mise en pratique dans de très nombreux pays. Elle existe déjà en France. La loi impose aux entreprises de plus de 20 salariés d'embaucher un quota d'au moins 6 % de travailleurs handicapés. C'est une mesure qui ne date pas d'hier. Elle date de... 1987. Elle a permis des dizaines de milliers d'embauches et personne ne songe à la remettre en cause aujourd'hui.
Les Noirs de France demandent simplement à pouvoir bénéficier de dispositifs similaires, parce qu'ils sont discriminés, eux aussi, comme les handicapés, dans l'accès à l'emploi. L'action affirmative n'est rien d'autre qu' une réponse pragmatique à un problème de discrimination.

7) QUESTION :
Pourquoi mettre en place des statistiques de la diversité alors qu'on dispose déjà d'outils efficaces, comme les testings ou la méthode des prénoms (si vous cherchez à mesurer les discriminations dans une entreprise, vous allez constituer un échantillon sur la base des prénoms, vous retiendrez des personnes certainement susceptibles d'être discriminées parce qu'elles s'appellent Mohamed ou Fatoumata, lorsque vous allez comparer ensuite la manière dont les candidatures de cet échantillon sont traitées par rapport à celles de gens qui s'appellent Sébastien, Charles-Henri ou Patrick, vous mesurerez l'écart de traitement entre les uns et les autres) ?

REPONSE
Le CRAN est favorable aux testings. Mais leur efficacité est dérisoire. Ils servent à faire condamner un patron de discothèque, un chef d'entreprise, au cas par cas et au compte-gouttes. Les testings ne peuvent pas tenir lieu de politique de lutte contre les discriminations. Quant aux prénoms? Le président du CRAN se prénomme Patrick, le prénom de la vice-présidente est Claudine, le porte-parole du CRAN se prénomme Louis-Georges... Nous voyons donc de grosses objections à cette méthode, qui ne nous paraît pas très sérieuse ! Il faudrait rappeler à certains que tous les Noirs de France ne s'appellent pas Mamadou !

QUESTION :
Pour éviter les discriminations à l'embauche, l'emploi du CV anonyme n'est-il pas suffisant ?
Ne suffit-il pas d'améliorer par une loi les techniques de recrutement et de gestion de carrières pour remédier à cette situation ?

REPONSE :
A nos yeux, le CV anonyme est une mesure inefficace et indigne.
C'est une mesure inefficace, parce qu'après l'envoi du CV, il y a un entretien d'embauche, et qu'il est impossible d'organiser un entretien d'embauche anonyme !
Le CV anonyme ne fait que reculer la discrimination à l'étape de l'entretien, mais elle ne la supprime pas.
Le président de la HALDE (Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité), Louis Schweitzer, est d'accord avec nous sur ce point : « Je ne suis pas convaincu que le CV anonyme soit, dans la plupart des cas, une solution efficace » (Le Monde, 13 octobre 2005, http://www.lemonde.fr/web/chat /0,46-0@2-3226,55-696134@51 -878705,0.html )
Le CV anonyme est une mesure indigne, car en instaurant le CV anonyme, on dit aux Noirs que pour réussir en France, ils doivent cacher leur couleur de peau et leur nom. On leur demande d'avoir honte de ce qu'ils sont. Nous n'avons pas honte de ce que nous sommes. Nous ne voulons pas réussir en étant anonymes. Nous avons le droit de mener notre carrière professionnelle sans avoir besoin de nous cacher .

9) QUESTION :
Etes-vous les seuls à soutenir les statistiques de la diversité ?

REPONSE :
De très nombreux responsables associatifs et chercheurs sont favorables aux statistiques de la diversité.
Un sondage Eurobaromètre rendu public le 23 janvier 2007, indique qu' une majorité de citoyens de l'Union européenne (75 %) se disent prêts à fournir des informations pour établir des statistiques de la diversité, pourvu que leur anonymat soit respecté, et dans le but de lutter contre les discriminations ;
L' Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes regrette de ne pouvoir disposer de statistiques officielles européennes pour évaluer l'évolution des discriminations.
En France, voici quelques témoignages pris parmi de nombreux autres :
« Ce serait très intéressant d'avoir ce type de données. Depuis vingt ans, on nous annonce le même nombre de musulmans en France », déclare Fouad Alaoui , vice-président du Conseil français du culte musulman. Interdire de tels recensements est, selon lui, une « hypocrisie », puisque les « études sur les musulmans se multiplient et sont souvent biaisées » (?) Roger Cukierman , président du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), souhaite lui aussi pouvoir prendre la mesure de sa communauté (?) Michèle Tribalat , chercheuse à l'Institut national d'études démographiques (Ined) qui réclame depuis des années de pouvoir mesurer la diversité, s'interroge sur la qualité de telles enquêtes en l'absence de référentiel national? »
(Libération, 1er février 2007
http://www.liberation.fr /actualite/societe/232279.FR .php )

10) QUESTION :
Les pays qui ont mis en place les statistiques de la diversité ont connu des politiques raciales et de ségrégation. Mais ce n'est pas le cas de la France. Alors pourquoi mettre ces mesures en place ici ?

REPONSE :
Nous avons connu une politique de ségrégation d'Etat en France. Lors de l'adoption du Code noir, en 1685, les mariages mixtes (entre Noirs et Blancs) ont été interdits en France . Les Noirs, réduits à l'état d'esclavage, pouvaient être vendus comme des marchandises et la sanction en cas d'évasion était la mutilation, voire la mort. C'était écrit dans la loi.
C'est une histoire qui, couplée à celle de la colonisation, et de ses atrocités, est encore présente dans les familles et dans la mémoire de nombreux Noirs de France. Elle imprègne encore les mentalités de nombreux Français non-Noirs et c'est l'une des principales sources du racisme et des discriminations qui continuent, encore aujourd'hui, d'exister dans notre pays.

11) QUESTION :
Le sondage que vous avez organisé avec la TNS SOFRES ne visait-il pas davantage à compter le nombre de Noirs en France qu'à lutter contre les discriminations ?

REPONSE :
Le baromètre annuel CRAN-TNS SOFRES des discriminations à l'encontre des Noirs, que nous avons rendu public le 31 janvier dernier, a permis de montrer que 61 % des Noirs de France disaient avoir été victimes de discriminations au cours des 12 derniers mois. Et nous avons pu nous rendre compte que ce taux atteignait 75 % en Ile de France et? 79 % en Méditerranée . Pour nous, ce sont les chiffres les plus importants. Nous attendons toujours une réponse politique à ces chiffres alarmants et tout à fait inadmissibles.
Le seul moyen de maintenir la cohésion sociale, c'est de lutter contre les discriminations, pour assurer une égalité réelle et non une égalité théorique.

12) QUESTION :
Ce baromètre n'a-t-il pas été condamné par la CNIL ?

REPONSE :
Non. Voici ce que la CNIL a déclaré à l'époque : «Nous n'avons pas été saisis. Dans l'attente de plus amples informations, ça nous paraît tout à fait légal (?) L'anonymat a été respecté et les données recueillies ont été détruites par la suite.»

(Libération, 1 er février 2007,
http://www.liberation.fr /actualite/societe/232279.FR .php )

13) QUESTION :
Vous soutenez également l'action affirmative. N'est-elle pas en rupture avec le principe républicain d'égalité ?

REPONSE :
L'action affirmative vise à traduire le principe républicain d'égalité dans les faits. Si plusieurs candidats sont sur une ligne de départ et que l'un d'entre eux souffre d'un handicap, l'action affirmative va venir combler ce handicap pour lui permettre de courir au même niveau que les autres . Pour qu'il ait autant de chances qu'eux de gagner la course.

14) QUESTION :
L'action affirmative ne va-t-elle pas aboutir à embaucher des Noirs incompétents, par exemple, au détriment de Blancs compétents ?

REPONSE :
Non, pas du tout. L'action affirmative en matière d'embauche se fait toujours à compétences égales . C'est un fantasme !


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